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Kayak...le joli mot qui se lit à l’endroit et à l’envers, qui a la forme toute simple d’une navette et qui passe subtilement dans la chaîne ou la trame des vagues. Kayak... le bel esquif, frêle, élancé, élégant, maniable, efficace et rapide.
Le geste aussi est beau, pas spectaculaire, plutôt minimaliste. On balance la pagaie d’un côté l’autre comme on ferait d’un bâton de majorette, de la perche d’un acrobate ou d’un sémaphore filmé au temps du cinéma muet. Le mouvement est rapide et court. A peine la pale a-t-elle touché l’eau qu’elle en ressort. Ca recommence et le grand plaisir est que l’avancée est bien plus importante qu’espérée. Effet de surprise et résultat pourtant logique, puisque nous sommes deux sur cette coque de noix artistement profilée...
Accordé au vent, au courant, à la ligne du fuselage, le pagailleur se propulse dans une harmonie naturelle, rythmique, musicale et sobre. Dans le Grand Nord, il glisse ainsi, sans trop d’efforts entre les blocs de glace gigantesques, les dépasse ou les contourne, avec l’agréable sensation d’être malin, un tantinet narquois, rapide dans un univers immense où les formes sont lourdes et l’espace accablant. Dans la famille des embarcations, le kayak, c’est le lutin. La barque se montre pataude, le voilier compliqué, et les bateaux plus gros encore n’ont pas cette proximité, cette entente avec la mer qu’entretient le kayak avec les eaux.
Presque invisible à la surface des flots, il a tout de l’oiseau qui se pose là, adopte le balancement de la mer sans faire d’écume, peut s’approcher des icebergs bleutés ou bien s’arrêter au bord des flottantes litières de glace où les phoques se reposent.
Avec un énergique pagailleur dans son dos, sentir le kayak réagir presque comme un cheval à chaque coup porté et filer à vive allure donnent un sentiment d’allégresse comparable à celui que doit éprouver la figures de proue d’un grand navire quand elle fend les océans du monde.